Emmanuelle Mason – Exposition Animaux aux Galeries Lafayette Nice Massena

Emmanuelle Mason – Exposition Animaux aux Galeries Lafayette Nice Massena

Emmanuelle Mason – Exposition « Animaux » aux Galeries Lafayette Nice Massena

Emmanuelle Mason est diplômée des Beaux arts de Paris et agrégée d’arts plastiques. Elle enseigne depuis 2007 dans le département Arts plastiques/Arts appliqués de l’université de Toulouse-Le Mirail. Elle expose régulièrement en France et à l’étranger. Elle se concentre depuis 2010 sur de grands dessins mêlant estampe numérique et encre, qui posent un regard contemplatif et affolé sur les questions de l’animalité et de la mort.

 Mes travaux graphiques se construisent par couches successives, un entrelacs de vestiges photographique et de la matière filandreuse de mon dessin.

A l’origine de tout, il y a des photos de charogne prises sur le bord de la route, ou de carcasses disséquées par les élèves de l’école vétérinaire. Ces photos sont déformées, effacées à la palette graphique ; j’ouvre les corps de ces animaux, j’en inspecte la viande, je les abstrait du réel qui les a maltraité pour en extraire la matière graphique, le paysage de chair. Suite à ce premier travail, j’imprime ces vestiges de corps, et s’en suit un patient travail à l’encre qui devient la matière de ces bêtes.

Proche de ces formats monumentaux, nous ne voyons que l’informe, des topographies abstraites, la consistance d’une geste obsessionnel et nerveux, des capillarités peut être des veines… Si nous nous éloignons, nous nous extrayons de ces ombres et la dépouille apparaît. La bête apparaît dans toute la réalité de son corps, en ce point dramatique qui est notre point commun selon Deleuze : sa viande.

Car mes dessins provoquent une ambivalence, un trouble : on est à la fois horrifiés par cette présentation crue de la dépouille, de la souffrance animale, mais on se trouve aussi fasciné par la beauté, la finesse du dessin, et certainement par la noblesse certaine de la bête qui a été. Je crois bien que c’est cette ambivalence que l’on nome le sublime. Car en dessinant, je rends sa peau, sa chair et son os à l’animal qui a été un jour, justement, animé, plein du souffle vital, et qui l’a expiré. Je cherche l’Anima, le principe vital, de la pointe de mon stylo devenu scalpel, et je gratte, triste de n’y trouver que le rien, le vide, la mort.

Je travaille sur la figure de l’animal, et à travers elle, je travaille aussi sur l’homme, sur notre propre mort, notre chair, notre devenir viande. Si je regarde cet homme qui marche, cet enfant qui joue, cette femme qui me regarde, cet animal qui se  meut, je suis émue par leurs chairs animées. Or l’animal est la quintessence de ce principe vital. Cette « animation » se donne à nous en regardant, par exemple, un troupeau de gazelles bondir, les muscles d’un félin qui court, un cerf immense se mouvoir. Cela est fascinant, grand, ça coupe le souffle, ça pousse au respect, à la contemplation, mais aussi à l’empathie, à l’idée que nous existons sur le même mode que l’Autre, l’Autre étant aussi l’animal. Ainsi, quelque chose d’aussi banal que le cadavre d’un pigeon dans un caniveau, c’est pour moi un bouleversement.

Ainsi, ces dessins sont à la fois des Vanité, mais réitèrent en outre le geste millénaire de l’homme qui peint la silhouette des animaux qu’il chasse ou qu’il côtoie sur la paroi de sa caverne. L’animal force le respect, par sa beauté, son altérité très particulière et mystérieuse. L’animal incarne et représente la nature, dans tout ce qu’elle a de sublime et d’insaisissable. Or que reste t-il de cette sacralité dans une société qui élève les bêtes en batterie, les mets à mort dans des sanctuaires à l’écart du regard et de la pensée, et où l’on fréquente plus sa chair sous cellophane que sa présence chaude et animée?

 

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